E016 - Pourquoi parle-t-on toujours du pire en parentalité ? Et si nous racontions enfin toute l'histoire ?
Fatigue parentale, charge mentale, crises, adolescence, conflits… La parentalité semble souvent racontée uniquement à travers ce qui ne va pas.
Et si notre récit de la parentalité était incomplet ? Dans cet article et surtout dans ce dernier épisode du podcast, je vous propose un autre regard pour retrouver une parentalité plus juste, plus équilibrée… et peut-être plus légère.
La parentalité est-elle vraiment aussi difficile… ou racontons-nous seulement les moments difficiles ?
Quand on devient parent, on reçoit beaucoup de conseils (trop à mon sens). Mais on reçoit surtout énormément de mises en garde.
« Profite tant qu'il est petit. »
« Le terrible two… bon courage. »
« Tu verras quand il sera ado… »
« Petits enfants, petits problèmes. Grands enfants, grands problèmes. »
Comme si chaque nouvelle étape de la vie de notre enfant était forcément une nouvelle épreuve à traverser.
À force d'entendre ces phrases, on finit parfois par regarder notre parentalité avec une seule paire de lunettes : celle des difficultés.
Et si ce récit n'était qu'une partie de la réalité ?
Pourquoi notre cerveau retient-il davantage les crises que les bons moments ?
Notre cerveau possède ce que les psychologues appellent un biais de négativité. Concrètement, il mémorise plus facilement ce qui représente un danger que ce qui procure du plaisir. Et on ne va pas mentir : ce mécanisme est extrêmement utile pour survivre.
Mais il l’est beaucoup moins lorsqu'il s'agit de raconter notre journée.
Prenons un exemple très simple. Vous avez passé une journée globalement agréable avec vos enfants. Puis, juste avant le coucher, une dispute ou une méga crise éclate. Le lendemain, si quelqu'un vous demande comment s'est passée votre journée, il y a de fortes chances que vous répondiez : « Franchement... c’était compliqué. »
Et pourtant... Cette dispute ou cette crise n'a objectivement pas duré plus de quinze minutes. Les neuf autres heures de la journée ont complètement disparu de votre récit. Quand on y réfléchit, c’est fou non ?
Entre parents, pourquoi parlons-nous presque toujours des galères ?
Lorsque des parents se retrouvent ensemble, les discussions ressemblent souvent à ceci : les nuits compliquées, les devoirs ou plutôt devrais-je dire la bataille des devoirs, les écrans, les crises, les conflits (surtout les conflits dan la fratrie), la fatigue…
Et c'est parfaitement compréhensible. Nous avons besoin de déposer ce qui nous pèse. Nous avons besoin de nous sentir compris.
Le problème n'est pas d'en parler. Le problème est de ne parler que de cela.
Petit à petit, nous construisons un récit collectif où la parentalité devient synonyme d'épuisement permanent. Et l’épuisement parental existe, je ne remettrai jamais cela en question d’autant que je suis bien placée pour le savoir.
Mais nous agissons comme si rien d’autre n’existait, comme si les moments simples, les fou rires, les câlins ou les discussions profondes n'existaient plus.
Ce que j'observe dans mes accompagnements de parents
En tant que coach parentale et familiale, j'accompagne chaque semaine des parents et des adolescents.
Et je remarque une chose. Quand je leur demande : « Qu'est-ce qui s'est bien passé aujourd'hui ? »
Il y a souvent un silence. Car la question n’est pas facile. La réponse vient beaucoup moins aisément. Non pas parce qu'il ne s'est rien passé de bien. Mais parce que notre attention est restée bloquée sur les difficultés.
C'est pour cette raison que je propose très souvent un exercice extrêmement simple : Les trois kifs du jour
Chaque soir, noter trois moments agréables, trois moments qui ont nous ont fait du bien. Ils n'ont pas besoin d'être extraordinaires.
Cela peut être un sourire, un câlin, une bonne note, une jolie fleur aperçue en rentrant, une discussion avec son adolescent, un fou rire, une musique.
Cet exercice entraîne progressivement notre cerveau à remarquer ce qui fonctionne déjà.
Et si nous faisions aussi les "3 kifs" de notre parentalité ?
Pourquoi ne pas adapter cet exercice à notre vie de parent ?
Chaque soir, prendre quelques minutes pour répondre à ces trois questions :
Quel a été notre meilleur moment aujourd'hui avec nos enfants ?
De quoi suis-je fier(e) comme parent ?
Quel petit geste de mon enfant m'a fait du bien ?
Ce simple changement de regard ne fait pas disparaître les difficultés. Elles continueront d’exister et c’est normal. En revanche, il empêche les difficultés d'effacer tout le reste.
Attention : il ne s'agit pas de voir la vie en rose
Parler davantage des bons moments ne signifie pas nier les crises. La parentalité reste parfois éprouvante.
Il y a des conflits. Des inquiétudes. Des périodes où tout semble plus compliqué.
L'objectif n'est pas de raconter une parentalité parfaite. L'objectif est de raconter une parentalité complète.
L'Odyssée d'Ulysse nous rappelle une chose essentielle
Si j'ai choisi d'appeler mon podcast L'Odyssée d'un parent d'aujourd'hui, ce n'est pas un hasard. J’adore la mythologie. Mis surtout quand nous pensons à l'Odyssée, nous nous souvenons surtout : du Cyclope, des Sirènes, des tempêtes, de Poséidon. Bref de toutes les galères qu’il a traversées. Nous retenons essentiellement les épreuves.
Pourtant, le voyage d'Ulysse ne se résume pas à cela. Il y a aussi des rencontres merveilleuses, des alliés, des escales, des moments de calme, des repas partagés, des journées où il ne se passe presque rien.
Notre parentalité ressemble beaucoup plus à cette histoire qu'à un champ de bataille permanent.
Nous vivons des tempêtes. Mais aussi de longues traversées paisibles.
Et peut-être que notre rôle consiste aussi à raconter ces moments-là.
Parce que les histoires que nous racontons finissent toujours par façonner notre manière de vivre.
Écouter l'épisode du podcast
Dans cet épisode de L'Odyssée d'un parent d'aujourd'hui, je partage cette réflexion plus personnelle.
Je vous raconte pourquoi j'ai eu envie de changer la manière dont je parle moi-même de parentalité.
Nous parlons notamment :
des récits que nous construisons entre parents ;
du biais de négativité ;
des trois kifs parentaux ;
de l'effet que nos paroles peuvent avoir sur nos enfants ;
de l'Odyssée d'Ulysse comme métaphore de notre propre voyage de parent.
🎧 Épisode 16 – Pourquoi parle-t-on toujours du pire en parentalité ?
Peut-être au final que la vraie question n'est pas : « Est-ce que ma parentalité est difficile ? »
Mais plutôt : « Quelle histoire suis-je en train de (me) raconter sur ma parentalité ? »
Parce qu'une histoire ne devient pas plus belle lorsqu'on supprime les passages difficiles.
Elle devient simplement plus fidèle lorsqu'on raconte aussi tout le reste.